L'actuariel // Tribune

Un assureur feignant de se demander, en 2021, dans une revue destinée à des actuaires, s’il est raisonnable d’être optimiste ressemble à une provocation. Et même à une double provocation. D’abord, l’air du temps n’est plus guère à l’optimisme. Intimement lié à l’idée de progrès, il renvoie plus au siècle des Lumières ou au positivisme […]

2020, quoi qu’il advienne des incertitudes encore présentes, est déjà pour le monde entier l’année d’un choc majeur. L’année où un événement qui aurait pu passer inaperçu a arrêté le tumulte de la vie quotidienne de milliards d’humains. Cette démonstration paradoxale de la puissance de nos systèmes vs leur extrême fragilité – nous sommes plus forts ensemble, mais « trop ensemble » nous sommes plus exposés – s’accompagne d’une cohorte de questions pour l’avenir. L’une d’elles a semblé un temps central : que ferons-nous du monde d’après ?

Les modalités annoncées fragilisent la répartition, sans tirer parti du potentiel d’innovation des points.

Solva II, l’écume d’une lame de fond

La nouvelle aurait pu passer sous les radars du lecteur non actuaire. Depuis le 1er janvier 2018, la norme de pratique actuarielle dite « NPA5 » est entrée en vigueur, encadrant pour les actuaires membres de l’Institut des actuaires l’utilisation et la protection des données massives, des données à caractère personnel et des données de santé. Une première mondiale, devançant même l’entrée en vigueur de l’européen RGPD.

Nous sortons de l’âge du capitalisme pour entrer dans l’ère de la connaissance. Avec comme conséquence la mort de la finance et l’avènement de la data. L’impact est sans précédent sur le modèle de rentabilité des assureurs. Les actuaires doivent devenir « insurance data scientists » pour maximiser leur pertinence dans cet écosystème renouvelé.

La concentration importante qu’a connue (ou subie) l’industrie de l’assurance au cours des dernières années n’a-t-elle pas poussé la mutualisation à ses limites, et les assureurs, dans la recherche illusoire d’une taille sans cesse accrue, n’ont-ils pas perdu une base essentielle de leur métier : la mutualisation des risques ?

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