En septembre dernier, lors de l’assemblée générale de l’Association actuarielle européenne (AAE) qui s’est tenue à Paris, mes pairs m’ont confié la responsabilité de la présidence. Cette marque de confiance s’inscrit dans un mouvement plus large : celui d’une profession qui doit se mobiliser pour faire face aux défis du monde actuel.
L’AAE : un relais des travaux actuariels auprès de l’EIOPA et de la Commission européenne
Le premier objectif stratégique de l’AAE concerne l’établissement et la consolidation des relations avec les autorités européennes, en particulier l’EIOPA (AEAPP, Autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles, en français) et la Commission européenne. Cela prend tout d’abord la forme de l’établissement, au niveau européen, d’une réponse unique de la profession actuarielle aux consultations sur des sujets aussi divers que Solvabilité 2, l’IRRD, l’IA Act et la gouvernance IA, le règlement CSRD, IFRS 17 ou bien encore les systèmes de retraite. Cela se concrétise ensuite par la tenue régulière de réunions avec nos principaux interlocuteurs européens. Ces rencontres permettent d’incarner les positions de la profession actuarielle et, ainsi, de les défendre efficacement.
Un exemple concret, toujours d’actualité, traduit le rôle joué par l’AAE : l’établissement du régime prudentiel Solvabilité II. Adoptée en 2009, entrée en vigueur en 2016 après un long chemin de transposition en droits nationaux, la directive Solvabilité II a reformulé la réglementation des entreprises d’assurance en Europe, introduisant un cadre plus strict pour la gestion des risques, la capitalisation et la transparence, et consacrant l’existence de fonctions clés, dont une fonction actuarielle, au sein des entreprises. Dans ce cadre, la contribution de l’AAE, regroupant des associations d’actuaires de différents pays européens, s’est révélée déterminante à plusieurs titres.
Sur le plan méthodologique, l’AAE a contribué activement, en support de l’EIOPA, aux travaux sur les méthodes d’extrapolation de la courbe des taux ainsi qu’au calibrage des chocs de la formule standard. De plus, l’AAE agit en faveur de l’harmonisation des pratiques Solvabilité 2 au niveau européen, notamment concernant le surplus fund, les modèles de taux ou encore la modélisation stochastique. Enfin, l’AAE a fortement soutenu la proposition de l’Institut des actuaires relative au régime LTEI, contribuant ainsi à renforcer le positionnement des assureurs sur les marchés.
L’AAE : un levier pour développer la profession actuarielle et son parcours à l’international
L’AAE promeut les standards de qualification et les compétences des actuaires en Europe : en veillant à ce que les actuaires soient bien formés, afin qu’ils puissent, une fois qualifiés et certifiés, répondre aux exigences fit & proper de la réglementation assurantielle.
Ensuite, l’AAE, par l’établissement de normes et de bonnes pratiques, encourage l’harmonisation des pratiques à travers l’Europe et aide les actuaires à comprendre et à appliquer les exigences de la réglementation internationale, notamment en matière de modélisation des risques et d’évaluation des actifs et des passifs.
Par son rapport privilégié avec les autorités européennes, l’AAE se positionne aussi comme un interlocuteur essentiel entre les actuaires et les instances de régulation, à l’instar de l’EIOPA. En fournissant des retours d’expérience sur l’application des réglementations en vigueur, l’AAE participe activement à l’élaboration des directives techniques. Ce dialogue est crucial pour s’assurer que les défis auxquels sont confrontés les actuaires dans leurs activités soient portés à l’attention des décideurs européens. Ce faisant, elle s’emploie aussi à sensibiliser les parties prenantes à l’importance du rôle des actuaires dans le secteur. Lesquels, au service de l’intérêt général, sont les relais concrets de son ambition de renforcer la résilience du secteur de l’assurance en Europe, tout en protégeant les assurés contre les risques financiers.
Enfin, sur le plan individuel, par l’accord de reconnaissance mutuelle signé par ses associations membres, l’AAE offre la possibilité à tous les actuaires qualifiés de bénéficier d’un parcours accéléré pour obtenir la reconnaissance de leur titre dans un autre pays européen. Ce, afin d’offrir des débouchés à l’international à l’ensemble de nos actuaires.
L’AAE : un réseau dynamique d’actuaires européens
Une représentation actuarielle européenne forte, facilitant l’harmonisation des pratiques actuarielles et renforçant les moyens d’assurer la stabilité et la résilience du marché européen, est un atout fondamental. Pour nous, actuaires, cela doit être une motivation : considérer les enjeux européens et s’y investir, c’est enrichir sa trajectoire professionnelle d’une dimension plus vaste ; et apporter à l’ensemble de la communauté actuarielle européenne, comme au secteur et aux assurés, une contribution profondément utile.
Cet investissement, bénévole, est structuré au sein de l’Institut des actuaires par la Commission normes et international (CNI) (1). Cette dernière joue un rôle central dans le développement et l’harmonisation des pratiques actuarielles, et assure la représentation des intérêts des actuaires français au sein des instances internationales, comme l’AAE.
Les 18 et 19 juin 2026, Paris aura d’ailleurs la chance d’accueillir le plus grand rassemblement d’actuaires européens, l’ECA 2026 – European Congress of Actuaries. C’est sur le thème United in diversity qu’ils se retrouveront pour ce 6e Congrès. Une occasion rare, pour la communauté actuarielle française, et plus largement la Place, d’aborder en commun les sujets qui font l’actualité et l’avenir de la profession au fil de conférences et d’échanges scientifiques de haut niveau, visant le partage des expertises et expériences. Nous espérons vous y accueillir nombreux.
Et pour les autres ? De l’engagement international des actuaires européens et des associations qui les représentent découlent aussi des initiatives qui profitent, très concrètement, à l’ensemble de la communauté. Issue d’un partenariat stratégique entre l’Institut des actuaires et la Deutsche Aktuarvereinigung (DAV), la Young Actuaries Initiative (YAI) incarne par exemple l’esprit de coopération européenne dans le domaine actuariel. Dans le prolongement de l’internationalisation des parcours académiques, la YAI vise à renforcer la communauté des jeunes actuaires en leur offrant des opportunités de développement professionnel et personnel, proposant une approche structurée pour favoriser la transmission réciproque des connaissances, des pratiques et des expériences. En 2024, à Strasbourg, et en 2025, à Munich, le Young Actuaries Leadership and Career Development Seminar a ainsi réuni des représentants de plus de dix pays ou associations actuarielles européens, confirmant autant l’enthousiasme des jeunes actuaires pour cette initiative que la pertinence de créer des liens et des synergies par-delà les frontières. Tout au long de l’année, des rencontres régulières, en ligne, à l’instar du YAI Young Actuaries Career Day, consolident ce réseau en apportant aux jeunes professionnels un support concret au développement de leur parcours à la faveur d’un échange intergénérationnel riche, où ils peuvent bénéficier de l’expérience d’actuaires confirmés, tout en apportant leur dynamisme et leur vision innovante.
La plateforme d’emploi pour actuaires actupool, qui permet de centraliser les informations et les opportunités professionnelles, récemment lancée en France, est une autre illustration de cette volonté de construire un réseau européen solide et dynamique. Ces initiatives conjointes reflètent la vision partagée d’un avenir où les frontières professionnelles s’effacent au profit d’une collaboration plus riche et plus dynamique, centrée sur le développement des compétences et le partage des connaissances. Elles participent à un objectif stratégique majeur : renforcer la profession actuarielle au niveau européen, pour améliorer sa capacité à répondre aux défis complexes de notre époque et gérer les incertitudes futures avec une perspective internationale.
Anticiper et accompagner ces enjeux, tant ceux de la profession que ceux auxquels elle sera amenée à répondre, est donc au cœur des objectifs stratégiques de l’Association actuarielle européenne : renforcer les relations avec les institutions européennes, promouvoir le professionnalisme et développer une communauté européenne d’actuaires. Parce que les actuaires jouent un rôle crucial dans l’anticipation des risques et l’adaptation réglementaire, cette approche résolument tournée vers l’avenir doit motiver notre détermination à poursuivre la construction d’une véritable Europe actuarielle et d’une identité professionnelle européenne.
Références : 1 – Les membres de l’Institut des actuaires peuvent candidater en contactant la CNI à l’adresse commission-normes-et-international@institutdesactuaires.com
