Jean Birnbaum

27 septembre 2021  | Par Marjorie CESSAC
L'actuariel // Humanités // Jean Birnbaum

Suspicion généralisée, radicalisation des débats… Face un contexte politique et idéologique étouffant, l’essayiste appelle au Courage de la nuance. Il convoque les grands auteurs d’hier pour mieux inspirer les lecteurs d’aujourd’hui à choisir la subtilité absolue face aux évidences totales de « la meute ».

Votre dernier livre, Le courage de la nuance (Seuil, 2021), est né, dites-vous, « d’un sentiment d’étouffement ». À quoi faites-vous référence ?

Jean Birnbaum : Il y a mille raisons d’étouffer aujourd’hui, compte tenu du contexte politique et idéologique. Mais, pour ma part, cela remonte déjà à l’avant pandémie. J’ai eu ce sentiment de manière tangible lorsque j’ai sorti deux livres à deux ans d’intervalle [Un silence religieux : la gauche face au djihadisme, Seuil, 2016, et La religion des faibles. Ce que le djihadisme dit de nous, Seuil, 2018 NDLR] autour de la question djihadiste. Ces livres m’ont conduit à faire des conférences un peu partout en France. Et ces rencontres m’ont permis de mesurer à quel point, en l’espace de deux ans, l’ambiance s’était considérablement tendue, la méfiance et la suspicion étant de plus en plus présentes.

Vous évoquez également la haine qui émane des réseaux sociaux. Quelle a été votre expérience dans ce domaine ?

Jean Birnbaum : Auparavant, j’étais plutôt actif sur Twitter. C’était un lieu intéressant pour faire émerger un débat, bousculer les préjugés, ceux des autres, les miens aussi. Mais, par la suite, j’ai ressenti une forme de brutalisation, la généralisation de la mauvaise foi, les spirales vindicatives… Pire encore : j’étais moi-même traversé par des tentations détestables. À commencer par cette sensation de douce chaleur que procure la meute, cette tentation qu’il y a partout de choisir son « ennemi principal », quitte à nouer des alliances « secondaires » avec des gens dont les idées en réalité nous répugnent… De même que l’amour du bon mot, du bon clash, peut vite l’emporter sur la vigilance intellectuelle et politique. Or, dans ce contexte, le vrai courage, c’est d’être nuancé, de s’extirper de cette ambiance poisseuse. C’est aussi ce qui m’a donné l’envie d’écrire ce livre.

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