Les Français et l’argent… Je t’aime, moi non plus

1 janvier 2019  | Par Juliette NOUEL
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Les Français n’ont jamais été les champions des placements à risque et cette tendance à l’épargne de précaution s’est encore accrue récemment. Héritage culturel, facteurs institutionnels, raisons purement économiques… Les explications ne manquent pas, les paradoxes non plus.

Un peu moins de 8 % des Français détiennent des actions en direct (sondage Kantar TNS pour l’AMF) et leur « placement » préféré est désormais le compte courant : 38 milliards d’euros de collecte sur les neuf premiers mois de l’année (contre 18 milliards au total en 2014), soit un encours bientôt proche des 550 milliards. L’engouement est le même pour le livret A, malgré une décollecte en octobre, sans doute liée aux inquiétudes sur le pouvoir d’achat. Même l’inflation ne parvient donc pas à changer les habitudes peu audacieuses des Français en termes de placements : quand elle redémarre, « les ménages renforcent leur épargne de précaution afin de faire face à des dépenses dont la valeur, en prix courant, sera amenée à augmenter », note le Cercle d’épargne dans sa lettre mensuelle d’octobre 2018. Seule la petite percée des unités de compte par rapport à l’écrasante prédominance des fonds euros dans l’assurance-vie dément légèrement la tendance.

Paradoxes culturels et historiques

Certes, les Français peuvent bien disposer comme bon leur semble de leur pécule. Reste que ces sommes colossales sont autant de ressources qui n’irriguent pas l’économie du pays. Le gouvernement souhaiterait d’ailleurs les orienter vers les entreprises et surtout les PME. C’est même l’un des objectifs de la loi Pacte. Mais, pour combattre un phénomène, mieux vaut en connaître les causes. Or quiconque se penche sur la question de la relation des Français avec leur argent est aussitôt noyé sous un flot d’enquêtes, de pourcentages, de graphiques et de questionnements. Avec presque toujours le même diagnostic final : les Français sont décrétés « paradoxaux ». Ils se montrent à la fois insouciants et inquiets, ils se disent incapables de faire face à un imprévu financier, tout en étant de bons épargnants ; ils craignent de manquer d’argent à la retraite mais ne prennent pas les mesures appropriées pour la préparer. Bref, si l’on s’en tient à ce qu’ils déclarent, difficile de trouver un fil directeur dans toutes ces contradictions. La première tentation est souvent d’aller chercher des raisons d’ordre culturel.

« Historiquement, l’argent n’a pas bonne presse en France, avance une étude de la société Sociovision intitulée “L’argent, mal-aimé des Français ?”. La défiance qu’il suscite est le résultat, un peu paradoxal et très particulier, de la convergence entre deux cultures différentes sinon opposées dans leurs fondements : la tradition catholique d’abord (“Nul ne peut servir deux maîtres : Dieu et l’argent”), qui voit la recherche de l’argent comme un asservissement dangereux ; la pensée marxiste ensuite, selon laquelle on ne peut devenir riche qu’en exploitant le travail d’autrui sans le payer à son juste prix. »

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