Tempêtes, crues, canicules, mais aussi guerres et cyberattaques… Le réseau, qui connaît une mue notable dans le contexte de la transition énergétique et de l’électrification croissante des usages, est dans le même temps soumis à de plus en plus de menaces extérieures. Le chantier en vue de l’adapter est titanesque.
Le 28 avril 2025, 12 h 35. En Espagne, et dans une partie du Portugal, tout s’éteint. Des gens restent bloqués dans les ascenseurs, certains n’ont plus d’eau au robinet, une centaine de trains ne circulent plus, internet ne fonctionne plus, les téléphones deviennent silencieux. Plus de 55 millions de personnes sont touchées. Les pays riches découvrent alors ce à quoi ils n’étaient plus habitués depuis des lustres : une panne géante d’électricité. Ce jour-là, la péninsule s’est retrouvée plongée dans une réalité parallèle à celle du reste de l’Europe. Un monde sans électricité et tout ce qui lui est relié. Et un coût faramineux. Au lendemain du black-out, l’agence de notation Morningstar DBRS estimait le montant des pertes assurées entre 100 et 300 millions d’euros. La Confédération espagnole des organisations patronales a évalué, de son côté, l’impact sur les entreprises à 1,6 milliard, soit 0,1 % du PIB. L’enquête ouverte suite à cet incident massif n’ayant pas encore livré ses conclusions, impossible de dire aujourd’hui si la péninsule ibérique a été victime d’une panne liée à son modèle énergétique, reposant notamment sur le développement des énergies renouvelables ; d’une cyberattaque, phénomène qui touche de plus en plus les réseaux électriques ; ou encore d’une défaillance de ses interconnexions avec le reste de l’Europe.
Longtemps qualifiés de « maillon faible de la transition énergétique » par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les réseaux vont, avec la décarbonation des usages, en devenir plus qu’ils ne le sont déjà la colonne vertébrale. Publiée le 13 février 2026, la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) a pour objectif de faire passer à 60 % la consommation française d’énergie décarbonée en 2030 (contre 42 % en 2023) alors qu’une grande partie des usages dépend encore majoritairement des énergies fossiles. Le poids de l’électricité passerait donc de 27 % à 34 %.

Le réseau s’étend sur l’ensemble de l’Europe continentale. Si ces interconnexions permettent de voir émerger plus de solidarité entre pays, elles entraînent aussi davantage de risques de propagation des pannes et virus.