Les promesses des fonds de pension « à la française »

4 avril 2024  | Par Séverine LEBOUCHER
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Dynamiser l’épargne retraite tout en apportant des capitaux de long terme au tissu économique français : telle était la double ambition des autorités en créant les Fonds de retraite professionnelle supplémentaire il y a huit ans. Après un démarrage difficile, les FRPS sont désormais sur les rails. Mais l’essentiel reste à construire.

Novembre 2015. Devant un parterre de professionnels réunis par l’ancêtre de France Assureurs, la FFSA, Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, trace pour la première fois les contours de son projet de création de fonds de pension « à la française ». Son objectif : créer « un régime prudentiel ad hoc » pour les produits d’épargne retraite, permettant des « allocations d’actifs cohérentes avec les caractéristiques de leur passif » et, in fine, la mobilisation des encours « pour le financement de l’économie et notamment de la transition énergétique ». En clair, il s’agit de revenir en arrière sur le choix français du début des années 2000 de ne pas soumettre ces activités de retraite supplémentaire à la directive européenne IORP (Institutions For Occupational Retirement Provision) pour les laisser dans le champ prudentiel de l’assurance. Et leur éviter ainsi, à partir du 1er janvier 2016, le très pénalisant régime de Solvabilité II.

Un retard à l’allumage

Huit ans, deux lois majeures – Sapin 2 et Pacte – et un mandat de Président plus tard, les Fonds de retraite professionnelle supplémentaire (FRPS  (1)) sont devenus une réalité dans le marché français. L’ACPR en a agréé vingt-trois – pour un total de bilan de quelque 200 milliards d’euros  (2) –, dont une écrasante majorité courant 2022. Un retard à l’allumage certain pour un régime apparu dans les textes dès 2016, qui s’explique par la lourdeur du chantier, mais aussi, pour certains, par des réticences plus structurelles. C’est en particulier le fait de devoir isoler l’épargne retraite dans un bilan différent de celui de l’assurance-vie qui fait hésiter certains acteurs. « La création d’un FRPS suppose de cantonner des activités retraite, conduisant à une démutualisation défavorable des risques avec les activités d’épargne », rappelle Vladislav Grigorov, directeur des risques de Swiss Life France, actuaire certifié IA.

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Le « meilleur des deux mondes » pour les actuaires

Le régime des FRPS est souvent assimilé à un retour à Solvabilité I. La réalité est en fait plus complexe : si les exigences de fonds propres au titre du pilier 1 sont effectivement très proches de la première directive prudentielle européenne, modulo l’ajout d’un test de résistance sur dix ans, les demandes au titre du pilier 2 et du pilier 3 sont au contraire directement inspirées de Solvabilité II. « Le régime FRPS a conservé ce que Solvabilité II a de positif, en particulier le dispositif de gestion des risques et les règles de gouvernance, et a gommé la complexité et la volatilité de la partie quantitative non adaptée à la gestion des actifs de long terme, salue Stéphanie Carriou-Hellec, actuaire certifiée IA, chez CNP Retraite. On a le meilleur des deux mondes. »

Pour les actuaires, cela implique un retour aux indicateurs du monde d’avant 2016, et notamment à l’EMS (exigence de marge de solvabilité) qui vient remplacer le SCR. Du moins jusqu’à un certain point. Certains FRPS filiales de groupe d’assurance font le choix, par exemple, de continuer de réaliser un suivi en utilisant les règles de Solvabilité II, pour des questions de consolidation comptable donc, mais pas seulement. « En matière de gestion des risques, nous avons voulu garder les réflexes de Solvabilité II : nous continuons ainsi à projeter notre passif et notre actif selon les modèles stochastiques que nous avions précédemment mis en place », témoigne Driss Mounir, actuaire certifié IA pour l’UMR, dont l’écrasante majorité des encours relève d’un régime de retraite en points (« branche 26 »). Fusionner les deux cadres pour tirer le meilleur de chacun a demandé une certaine créativité parmi les actuaires. Créativité qui devrait continuer d’être stimulée, hors des carcans de Solvabilité II. « Sur la partie produit, il y a un volet innovation particulièrement intéressant et de plus en plus prégnant pour les actuaires, dans un marché de l’épargne retraite promis à fort développement », souligne Erika Le Donge, actuaire certifiée IA, qui occupe la fonction-clé actuariat au sein de CNP Retraite. L’appel est lancé !

Note

20 acteurs ont créé des FRPS :

20 acteurs ont créé des FRPS : Agrica (2), AG2R La Mondiale (2, dont un avec CNP Assurances), Institution Austerlitz, CNP Assurances, Sacra, Abeille Assurances, Crédit Agricole Assurances, Malakoff Humanis, Mutuelle Médicis, BNP Paribas Cardif, Banque Populaire, Apicil, Allianz France, Axa France, Generali, Garance, Selencia (ex-Ageas France), Swiss Life France, UMR, Kerialis, Carco.

Source : ACPR, liste arrêtée au 14 février 2024.

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