Alors que la santé mentale a été réaffirmée comme grande cause nationale en 2026, Stéphanie Mazza professeure de neuropsychologie à l’université Lyon-I, et Maria Melchior épidémiologiste et directrice de recherche à l’Inserm soulignent que des problèmes persistent, les jeunes étant particulièrement touchés.
La santé mentale a été reconduite grande cause nationale en 2026. Quel bilan faites-vous de l’an dernier ? Cette mobilisation vous semble-t-elle à la hauteur des enjeux ?
Maria Melchior : C’est surtout une action qui vise à faire parler de santé mentale et à faire en sorte que les gens aillent plus facilement vers le système de santé. Il me semble que c’est assez efficace sur l’aspect de déstigmatisation. En revanche, la manière dont les campagnes de communication Parlons santé mentale sont formulées pourrait laisser penser qu’il suffit d’en parler à un ami ou à ses collègues, alors que tout l’enjeu est d’avoir recours à des professionnels de santé. C’est particulièrement important pour les jeunes : comme le montrent les enquêtes nationales1, un tiers des adolescents et un jeune adulte sur cinq présentent des signes de troubles anxieux ou dépressifs, et près d’un jeune sur dix aurait des symptômes sévères au point de nécessiter une prise en charge par un professionnel.
Stéphanie Mazza : Toutes les campagnes grande cause nationale sont importantes, puisqu’elles mettent en lumière des enjeux de société. Toutefois, il ne s’agit que d’une première étape. Il faudrait que ces campagnes permettent également une facilitation de l’accès aux soins en santé mentale. Or, c’est un secteur où il y a d’importants délais de prise en charge et un manque criant de moyens, surtout en pédopsychiatrie. Par exemple, les temps d’attente avant la première consultation pour les enfants et les adolescents sont de six mois en centre médico-psycho-pédagogique et de trois en centre d’action médico-sociale précoce, deux fois plus qu’en 2010.
