Jérôme Fourquet

7 janvier 2026  | Par Thomas LESTAVEL
L'actuariel // Humanités // Jérôme Fourquet

Depuis près de 30 ans, Jérôme Fourquet ausculte les mutations de la société française et leur lot de défis. Le directeur du département opinion et stratégies d’entreprise de l’Ifop et auteur des Métamorphoses françaises partage son diagnostic et quelques pistes pour l’avenir.

Pessimisme, défiance, sentiment de déclassement : le discours ambiant semble indiquer que tout va mal. Et pourtant, vos confrères d’Ipsos BVA viennent de publier un livre (1) qui propose une vision plus nuancée avec des Français engagés, curieux et attachés aux valeurs républicaines. Comment expliquer le décalage entre un tableau national assez sombre et des sentiments individuels plus encourageants ?

Jérôme Fourquet : Il s’agit d’un phénomène bien connu en sciences sociales. Les gens sont relativement confiants pour eux-mêmes et leurs proches, mais beaucoup plus pessimistes lorsqu’ils se prononcent sur le collectif. Au niveau individuel, une majorité de Français pense pouvoir s’en sortir, être heureux : nous ne sommes pas dans un pays saisi par une dépression généralisée. Mais lorsqu’il s’agit d’évaluer la trajectoire du pays, l’inquiétude domine très largement. Cet écart, qui existe dans beaucoup d’autres pays, est particulièrement marqué chez nous.

Pour quelles raisons ?

Jérôme Fourquet : Nous pouvons bien sûr convoquer les difficultés actuelles autour de l’instabilité politique et de l’endettement public. Mais le malaise remonte à bien avant. Depuis une quarantaine d’années, les Français prennent progressivement conscience du déclassement relatif de leur pays. Pendant des décennies, l’histoire nationale nous a entretenus dans l’idée que la France était une grande puissance. Charles de Gaulle nous a placés dans le camp des vainqueurs en 1945. Pendant les Trente Glorieuses, nous avons acquis l’arme nucléaire, un tissu industriel de pointe (Airbus, Ariane, le TGV), un siège permanent à l’ONU et une stature diplomatique universaliste, qui nous amène à participer au règlement de conflits internationaux, y compris hors de notre zone d’influence historique. Tout cela a prolongé un statut que nous pensions acquis.

Vous souhaitez lire la suite de l’article ?

Achat de l'article

Acheter

Abonnement

S'abonner

Mon compte