Glyphosate : la zone trouble du débat scientifique

9 janvier 2024  | Par Jessica BERTHEREAU
L'actuariel // Environnement // Glyphosate : la zone trouble du débat scientifique

Les controverses qui entourent la sûreté du glyphosate ne se limitent pas au champ politique. Celles-ci animent d’abord la communauté scientifique, qui doit composer avec une pluralité de méthodologies et, par conséquent, de conclusions discordantes. Comment éclairer ce débat ?

Mis sur le marché en 1974 par Monsanto  (1) sous la marque Roundup, le glyphosate est aujourd’hui la substance active herbicide la plus utilisée au monde. Depuis que le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), rattaché à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’a classé comme « probablement cancérogène » en 2015, c’est aussi l’une des plus sujettes à controverse. Beaucoup d’incompréhensions entourent cette molécule dans le grand public, notamment en raison des opinions divergentes entre le Circ et les agences sanitaires. « Toutes les agences sanitaires du monde arrivent à la même conclusion : le glyphosate ne présente pas de risque pour la santé humaine ni pour l’environnement, s’il est utilisé correctement », insiste Gil Rivière-Wekstein, journaliste et auteur de Glyphosate, l’impossible débat (Le Publieur, 2020).

Dans l’Union européenne, les produits à base de glyphosate sont soumis, comme tous les autres produits phytosanitaires, à un double processus d’homologation. La première étape se déroule au niveau européen et porte sur la substance active elle-même. La seconde étape, au niveau national, concerne les autorisations de mise sur le marché (2). La dernière homologation européenne expirait le 15 décembre 2023. En septembre dernier, la Commission européenne a donc soumis aux États membres une proposition de renouvellement. Lors d’un premier vote, tenu le 13 octobre 2023, l’Autriche, la Croatie et le Luxembourg (3) ont voté contre, tandis que la France, l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas, la Bulgarie et Malte se sont abstenus. Le second vote du 16 novembre n’ayant pas non plus permis de dégager une majorité qualifiée, la décision est ainsi revenue à la Commission, qui a autorisé l’herbicide pour les dix prochaines années.

Vous souhaitez lire la suite de l’article ?

Achat de l'article

Acheter

Abonnement

S'abonner

Mon compte

Rebond

Comment fonctionne le glyphosate ?

Peu coûteux et très efficace, le glyphosate agit en bloquant une protéine qui permet aux plantes de fabriquer certains acides aminés indispensables. « Cette substance pénètre uniquement par les parties vertes. Elle est véhiculée dans tout le végétal et permet de détruire jusqu’à la racine. Une fois dans le sol, elle se dégrade en produits minéraux. Comme le glyphosate n’est pas absorbé par les racines, il est possible de planter assez rapidement derrière », explique Jérôme Pierrard, référent réglementaire de la Plateforme Glyphosate France. En France, et en Europe, le glyphosate est donc principalement utilisé pour désherber avant de semer – même si 23 utilisations différentes sont recensées dans l’Union européenne. Ailleurs dans le monde, le glyphosate peut aussi être utilisé en épandage sur les cultures si ces dernières sont transgéniques et résistantes à cette substance. « Dans un champ de cultures OGM résistantes au glyphosate, cet herbicide tue toutes les autres plantes présentes. C’est un usage très répandu en Amérique latine, mais qui n’a jamais été pratiqué en France puisque la culture des OGM n’est pas autorisée », souligne Gil Rivière-Wekstein.