Chercheuse à l’Institut national des études démographiques, Marion Leturcq travaille depuis près de 20 ans sur les inégalités patrimoniales entre les femmes et les hommes, notamment à travers l’impact des régimes matrimoniaux sur l’accumulation de richesse tout au long de la vie en couple.
Comment en êtes-vous arrivée à travailler sur les inégalités de genre en matière patrimoniale ?
Marion Leturcq : Lors de mon mémoire de master, en 2007, j’ai étudié comment l’alignement du Pacs sur le mariage en termes d’imposition commune impactait la décision de s’engager dans cette union. J’ai approfondi mon travail en thèse. Parce qu’il existait très peu de données sur le Pacs, encore récent, j’ai orienté mon travail sur la décision de se marier et les différents régimes matrimoniaux. C’est là que j’ai rencontré Nicolas Frémeaux (université de Rouen), avec qui j’ai beaucoup travaillé depuis. Nous nous sommes penchés sur le choix de sortir du régime matrimonial par défaut − la communauté des biens réduite aux acquêts, qui agit comme un grand redistributeur de patrimoine au sein du couple − pour la séparation des biens. Nous avons pu observer que ce régime donnait lieu à une inégalité patrimoniale entre les femmes et les hommes. Par la suite, nous avons creusé dans cette direction : comment se développent les patrimoines et comment la richesse s’accumule-t-elle au sein des ménages ?
Sur quelles données avez-vous travaillé ?
Marion Leturcq : Nous avons la chance d’avoir en France une enquête de l’Insee sur le patrimoine des ménages menée depuis 1986, qui s’appelle maintenant Histoire de vie et patrimoine. Elle a connu neuf vagues1 et recense de manière très précise les patrimoines immobiliers, financiers et professionnels d’environ 12 000 ménages. C’est une enquête quasiment unique au monde qui permet de mesurer, au sein du ménage, ce qui appartient à chacun des conjoints. Cela nous a permis de dépasser les mesures habituelles des inégalités de patrimoine, généralement mesurées entre ménages ou entre individus, en divisant de moitié ce qui est détenu au sein du ménage. Une approximation fausse, puisque lorsqu’on peut différencier ce qui appartient à chacun dans le ménage, on voit que le patrimoine n’est pas détenu de façon égale.
