LUCREZIA REICHLIN, économiste et professeure à la London Business School

1 octobre 2019  | Par Céline CHAUDEAU
L'actuariel // économies // LUCREZIA REICHLIN, économiste et professeure à la London Business School

En cette rentrée, Lucrezia Reichlin publie « La Banque centrale européenne et la crise de l’euro »*. Dans cet essai, elle explique les faiblesses du cadre institutionnel de la zone euro observées entre 2007 et 2015, pendant la crise financière et met en évidence la nécessité de consolider le système.

Pendant la crise financière qui a débuté en 2007, la Banque centrale européenne (BCE) a rempli sa mission mais a outrepassé les compétences fixées par le traité de Maastricht. Cette prise de liberté était-elle nécessaire ?

Lucrezia REICHLIN : La BCE a agi en respectant son mandat, c’est-à-dire le maintien de la stabilité des prix. Mais, pendant la crise, elle a aussi dû intervenir pour garantir la stabilité financière, dans une situation où une réponse coordonnée des gouvernements était nécessaire et a manqué. Elle a essentiellement été l’institution fédérale de dernier recours. La BCE étant une banque centrale sans le soutien d’un État unique, cela a créé des tensions entre les États membres et a parfois nui à l’efficacité de ses politiques. Le principe de son indépendance absolue a été testé pendant la crise quand une autorité s’est avérée nécessaire pour assurer la stabilité financière. Je cite ainsi l’exemple du SMP (Securities Markets Programme), le programme du marché des valeurs mobilières. Lorsque la crise souveraine est apparue en 2010, la BCE a demandé aux banques centrales nationales d’acheter des obligations d’État de pays en crise. Mais ce programme n’a pas été perçu par les marchés comme crédible, faute d’avoir l’accord et le soutien des gouvernements de la zone euro. En revanche, en 2012, en réponse à l’aggravation de la crise, quand la BCE a dévoilé son programme d’opérations monétaires sur titres (OMT) et évoqué des achats fermes de dettes souveraines sur les marchés des obligations secondaires, l’action de la Banque centrale a été perçue avec plus de crédibilité. En fin de compte, je pense que la BCE a été en mesure de défendre le principe de son indépendance, ce qui n’était pas évident compte tenu du défi. Il reste à voir si ce sera le cas si une nouvelle crise se profile.

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